C’était le matin, je me suis réveillé, non pas par l’odeur du café, mais parce que tu faisais du bruit. Tu fais toujours tellement de bruit, même quand tu n’es pas là, ça résonne encore dans ma tête. Ce matin, en plus, tu ne me regardes pas, tu ne me regardes jamais. Ce matin, je ne te touche pas, comme ces derniers matins, ces matins où tu me fais la gueule, sans que je ne sache pourquoi. Je sais pas depuis quand ça a commencé en fait, je sais pas si c’est ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, tu ne m’en parles pas. Le sais-tu que c’est enrageant de pas se faire regarder droit dans les yeux pour simplement se faire dire ces quatre vérités, peu importe leur portées? Moi je te le dis! En fait pas ce matin, je ne me peigne même pas, je claque la porte, qu’Est-ce que t’en a à faire de toute façon. Je descends sur la rue, je marche un peu, un peu trop rapidement peut-être. Les voitures klaxonnent, c’est comme ça le centre ville, c’est un peu comme dans ma tête, comme dans mon appartement, toujours trop de bruit, jamais assez de silence, c’est jamais assez comme la nuit. Toi on sait bien, madame calme inébranlable. Je m’allume une cigarette, ça va me calmer, dehors tu ne me feras pas de signe que ça sent mauvais. Je me calme un peu, je sais pas quelle mouche m’a piqué, probablement je suis tombé dans un nid de mouche, parce que ça fait déjà treize matins que je me lève ainsi. Pourquoi je sais que c’est treize? Parce qu’on c’est rencontré le 8 et que c’était mon anniversaire. Tout à changer si vite. Je sais tu m’as prévenu, mais tu ne me le dira pas ça non plus. Je ne sais pas si c’est la solitude, la solitude durant un anniversaire, c’est assez pathétique, triste, loser comme dirait certain. Moi un jour je l’ai souhaité, simplement pour faire différent, simplement pour voir ce que cela faisait, d’être oublié par tous, la journée de notre naissance. Je sais que tu ne le sauras jamais non plus, je ne te l’ai jamais dit, le moment aurait été mal choisi, ou simplement par honte. Je ne sais pas si j’ai juste profité de la situation, que tu étais là, et quand je dis là, c’est vraiment le cas, car je me retrouve encore sur ce coin, ce même coin que j’emprunte chaque matin. Tu es venue à mes cotés, splendide, radieuse, les lunettes fumées sur le bout du nez. Il ne faisait même pas si soleil de ce que je me rappelle, mais tu étais là. T’es venue hanter mon café, mon petit espace à moi, tu as même pris ma table sans t’en apercevoir, pour y commander la même chose. J’ai pris un moment, une respiration, j’ai tenté de calmer ma respiration, te regardant, d’un peu plus loin. Je ne sais pas si ce qui m’emportait était le fait que je te trouvais magnifique dans mon univers, ou si c’était simplement le fait que mon territoire était occupé et je me sentais violer. J’ai dit très peu de mots, j’ai fait quelques gestes, dans cette main que tu m’avais tendue, encore une fois. Cette main que tu m’avais tendue, quand doucement j’ai touché ton coude sur le coin de cette même rue, ta canne blanche à la main, tu m’as signalé que tu étais sans mot. Aujourd’hui, tu es toujours dans mon espace, encore, celui que j’ai quitté, c’est de ma faute, je n’aurais jamais dû traverser cette rue en t’aidant.
Défi du Jour: Je n’aurais jamais dû traverser cette rue!
[…] Je n’aurais jamais dû traverser cette rue! Lui Elle 2014-07-23: Un truc japonais Lui Elle 2014-07-24: C’était vraiment pas le bon outil pour […]